Affichage des articles dont le libellé est analyses et sciences humaines. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est analyses et sciences humaines. Afficher tous les articles

vendredi 23 novembre 2012

La déferlante Gangnam Style :

Le chanteur Psy sort ce single le 15 juillet 2012 et devient immédiatement N°1 au classement sud-coréen.

A présent, son clip est la 2ème vidéo la plus regardée sur YouTube (795 millions de vue), juste derrière "Baby" de Justin Bieber (803 millions de vues), une guerre est déclarée entre leurs fans respectifs, car la place de vidéo la plus vue au monde est très convoitée !
Fort de ce succès, Psy va faire le tour du monde des radios et des émissions télés en mettant au pas (du Gangnam Style) des présentateurs, animateursn chanteurs (cf. photo avec Britney Spears), mais aussi des inconnus (cf "flashmob Trocadéro, Paris").


Véritable phénomène mondial, Psy séduit par sa rythmique innée, sa décontraction et sa bonne humeur apparente.

Le Mardi 13 novembre 2012, c'est Madonna, la reine de la pop, qui a invité le roi de la K-Pop (pop coréenne) sur la scène du Madison Square Garden de New York pour chanter et danser sur son tube à présent planétaire.


A croire qu'il va falloir ajouter une position se terminant par "style' au Kamasutra...

M.L.R.





vendredi 16 novembre 2012

Médias de masse et musique populaire aux Etats-Unis :




La seconde moitié des années 20 aux Etats-Unis oblige les stations de radios à repenser leur modèle économique. En effet, l’entretien d’un orchestre de musiciens à demeure est très coûteux, passer des disques l’est beaucoup moins. Mais le problème est que le disque est «froid», il ne remplace pas la chaleur de la situation sociale qu’est le concert live ; en introduisant un tissu de médiation entre l’auditeur et l’auteur : l’artiste, son œuvre jouée par les instrumentistes, enregistrée sur un support, et diffusé par la radio. Dans le cas où la musique est jouée à la radio par des instrumentistes, ceux-ci constituent les messagers, ils sont les porte-voix de l’auteur. Mais dans le cas où la radio passe des disques, alors il n’y a plus de messagers.

Le problème économique est résolu mais cette nouvelle situation sociale porte à réflexion.

C’est à ce moment historique qu’intervient la figure du DJ. L’un des premiers est Martin Block, un commerçant New Yorkais qui a recréé artificiellement l’atmosphère de chaleur d’une party, d’une ambiance de club. 

Ensuite arrive la guerre qui voit naître, notamment en France, les clubs et discothèques. La raison est que durant l’occupation, la Wehrmacht interdit que l’on joue du jazz. Et pour contourner cette interdiction, on installe des haut-parleurs et tourne-disque qui ne font que «reproduire» et pas «jouer». La distinction est subtile mais permet ainsi de continuer à écouter de la musique jazz et à danser dans les caves de la Rive Gauche. 

En Amérique, la communication de masse, radio et télévision, popularise et diffuse très largement la musique par le biais du disque et de son médiateur : le DJ. Allan Freed (dont la légende dit qu’il est l’inventeur du rock’n’roll, une sorte de «White Negro») enfièvre des centaines de milliers d’américains en passant des disques et en assurant les transitions en usant de poésie concrète et de musique bruitiste et atonale. Il hurle, profère des cris d’animaux, et réunit noirs et blancs autour des rythmes endiablés de rock et r’n’b. Cela lui vaudra une mise en accusation pour incitation à l’émeute et à l’anarchie en 1958. 

La musique pop prend conscience qu’elle est capable de déclencher des mouvements sociaux.

Succède à Allan Freed, Dick Clarck, qui affadit le club en un thé dansant, mais qui convient mieux à la politique de l’état. 

La tendance électronique s’amplifie dans les clubs, notamment dans les clubs gays afro-américains de New York dans les années 60 où les DJ passent de la soul et de la funk. Le club devient un avatar de la radio et de la télévision, un média de masse. Une nouvelle époque est née avec le DJ Terry Noel, considéré comme le premier DJ-auteur et précurseur de notre époque. Il mixe les disques de soul et de funk en insérant des cuts de musique africaine et des sections rythmiques issus de musiques extra-occidentales. 

A partir de Terry Noel, le disque devient à la fois support de mémoire et matériau brut pour la création. 


         Ilan Kaddouch



Martin Block
Introduction de son émission :


Allan Freed
Documentaire en trois parties :

Extrait d’une émission (1954) :

lundi 5 novembre 2012

La mort de l' "auteur" dans les musiques électroniques.


Résumé de l’article d’Elie During dans Sonic Process, Une nouvelle géographie des sons, Centre Pompidou, Paris, 2002.

Dans cet article le philosophe Elie During s’interroge sur la mort de la notion d’auteur dans les musiques électroniques. Deux types de discours entourent cette musique, celui qui place le DJ comme maître de cérémonies de transes où s’opèrent une fusion des corps, et un autre où le DJ n’est qu’un opérateur d’une technologie qui le dépossède de son statut d’auteur. Donc le DJ est tantôt orienté vers le lien social, tantôt vers les objets.
Pour preuve de la disparition de l’auteur on peut citer les musiciens KLF (Kopyright Liberation Front) pour qui «les tubes n’ont jamais été fabriqués qu’à partir d’autres tubes». Les musiques technos élaborent des stratégies de disparition : la voix disparaît, les musiciens quittent la scène, ils développent l’anonymat ou les identités multiples, et s’effacent derrière le nom de leur label comme le label «M». L’artiste était l’auteur et le propriétaire de son œuvre, à présent ce sont les «ateliers-labels» qui marquent les produits.


L’artiste techno devient artisan produisant des gestes avec le medium technologique : l’invention du dubbing* par King Tubby, le fondu enchaîné entre deux disques par Francis Grosso, le punch phasing*, back spinning et le scratch par Grandmaster Flash… L’œuvre est une sorte de prolongement des gestes du DJ. Sun Ra disait : «Je suis un instrument», et Juan Atkins «Je veux que ma musique soit un dialogue entre ordinateurs… Je veux qu’elle sonne comme si c’était un technicien qui l’avait faite». On est ici à l’opposé de la conception de l’artiste romantique démiurge et tout puissant qui fait émerger l’œuvre du néant.
Elie During explique que la mort de l’auteur n’est pas née du jour au lendemain, mais doit être contextualisée et se comprendre dans l’histoire de la performance du DJ dont l’objet est de faire danser. Il y a une transition du DJ exécutant qui passe des disques en soirée, au DJ compositeur et DJ artiste. Le rôle premier du DJ est de faire danser, et donc de faire durer la musique toute la nuit. Il joue la face A et B du disque et le démembre ensuite dans la pratique du dub. De cette façon, le morceau passe de 3 minutes à 20 ou 30 minutes. Plus tard, le DJ compositeur considérera le disque ou le morceau existant comme un matériau de base pour sa création, notamment avec le sampling* ou découpage-collage. L’artisan techno cherche simplement à produire une musique suffisamment construite pour fonctionner dans son contexte dancefloor ou autre.
La première disparition de l’auteur réside dans le fait que le DJ est un passeur, il s’approprie ce qu’il entend pour le redistribuer à ses amis ou son public.
La seconde disparition de l’auteur est l’avènement de l’écoute distraite comme le prône Brian Eno entre autres : «Si on laisse sa personnalité hors du cadre, on invite l’auditeur à y entrer».

                                                          Ilan Kaddouch


Dubbing: technique de remixage des différentes pistes d’un morceau par l’adjonction de divers effets comme le delay, la réverbération ou l’écho.
Punch Phasing: technique nécessitant deux disques et deux platines, et consistant à faire jouer le rythme de l’un sur la musique de l’autre.
Sampling: création musicale assistée par un échantillonneur (appareil stockant des échantillons de sons variés). 

vendredi 19 octobre 2012

Tacet #1: John Cage, Marcel Duchamp, Toshiya Tsunoda, Theodor Adorno, Pierre Schaeffer, Luc Ferrari par Ilan Kaddouch


La revue Tacet est une revue de recherche dédiée aux musiques expérimentales, en bilingue français / anglais, et consacre, en toute logique son premier numéro au compositeur américain John Cage en posant la question suivante : Qui est John Cage ? Le titre, Tacet, est expliqué par Xabier Erkizia, dans son article «A l’écoute de notre propre surdité». John Cage intitula les mouvements de son oeuvre 4’’33 «Tacet», ce qui signifie en latin «Il / elle se tait». Ce terme est utilisé en musique pour indiquer qu’un instrument doit garder le silence durant toute une partie. C’est donc sous le patronage de John Cage que se place la revue Tacet.

Le revue s’organise en quatre parties. La première s’intitule Flux, elle traite donc intégralement de la thématique, à savoir John Cage. La seconde partie, Influx, explore des sujets connexes en prenant plus de liberté sur la thématique. La troisième, Aflux, regroupe des archives ou documents. Enfin, Reflux, est une rubrique de critique d’ouvrages ou d’événements.
La première partie, la plus conséquente des trois, est traversée par trois thématiques: la recherche du personnage, de l’homme John Cage, son homosexualité, un témoignage d’un musicologue, Jean-Yves Bosseur qui fut proche de lui; la grande question Cagienne du silence, principalement traitée à partir de sa pièce pour piano 4’’33; et la thématique de la musique conceptuelle, pour laquelle Cage doit beaucoup à son ami Marcel Duchamp, et marquée par l’improvisation. 
La revue reconstitue également la bibliothèque de John Cage à travers ses dits et écrits.


Parmi les nombreux articles, en voici quelques uns qui ont attiré notre attention.
Toshiya Tsunoda, compositeur japonais, narre son évolution esthétique au sein du mouvement des musiques expérimentales, et plus particulièrement du field recording. Le field recording consiste à enregistrer des environnements sonores. Tsunoda nous explique qu’au départ, sa volonté était de restituer au plus juste la réalité d’une atmosphère sonore. Que se passe t-il dans une clôture ou une bouteille de verre ? Tsunoda s’est attaché à présenter la transmission des vibrations, la façon dont un matériau restitue son environnement sonore, comment il se met à vibrer, en utilisant des micros en contacts avec l’objet vibrant. Un objet devient un sujet au sein d’un espace, miroir déformé de cet espace. Mais Tsunoda lui-même est un sujet de l’environnement, c’est pourquoi sa dernière idée consiste à se placer un stéthoscope sur les tempes, dans lequel il installe des micros d’ambiance, ce qui lui permet d’enregistrer le son de ses muscles, sa circulation sanguine, ou encore le son du vent frappant son visage. Il restitue maintenant la réalité sonore sous la perspective de sa propre perception.

«Faire entrer la société dans le son» écrivait le compositeur Luc Ferrari. Matthieu Saladin  pose la même question que le philosophe Theodor Adorno concernant le caractère fétiche de la musique, mais cette fois au sujet de la musique expérimentale. La problématique est celle-ci : la musique expérimentale se pose en critique de la tradition musicale, mais au prisme d’une analyse adornienne, Matthieu Saladin montre qu’elle fait preuve d’un fétichisme manifeste, entamant par là-même ses velléités critiques. Les musiques expérimentales, selon l’auteur, n’ont qu’un mot à la bouche, de Pierre Schaeffer à John Cage : le son. Le terme de musique est substitué au mot son, qui doit être émancipé de toute histoire. Mais cet idéalisme contenu dans le retour à une nature sonore, est critiqué par Adorno qui y identifie un danger de fétichisme de l’autonomie,  qui coupe l’oeuvre ainsi produite de sa réalité sociale. Malgré le fait que les musiciens expérimentaux pourraient croire qu’en autonomisant leur art, ils se préservent de sa récupération marchande par les industries culturelles.   


Un grand thème de l’esthétique de John Cage est la musique conceptuelle qu’explore Sophie Stévance dans son article à travers le lien entre Marcel Duchamp et Cage. Marcel Duchamp a en effet composé deux partitions musicales en 1913, selon un principe de hasard, comme une sorte de réaction à la musique romantique qu’il n’aimait pas, et pour la pousser à ses propres limites. C’est bien cette usage du hasard pour soustraire leur art de leur propre intention qui réunit ces deux artistes. L’auteur définit la musique conceptuelle comme une musique ne nécessitant pas d’être exécutée, contrairement à la musique traditionnelle, et elle l’apparente au système musical de Duchamp qui vise principalement à parvenir à l’indifférence esthétique.


Il sera intéressant de lire l’entretien avec le musicologue Jean-Yves Bosseur, qui a connu Cage en personne et l’a interviewé, et qui revient sur la réception de l’oeuvre de John Cage notamment en France.
Nous attendons la thématique du prochain numéro, après ce passage obligé par John Cage.

Ilan Kaddouch

mardi 18 septembre 2012

Quand le Hip - Hop est mis à l'honneur




Au sein du plus large mouvement de la naissance des industries culturelles, la musique a enfanté une nouvelle pratique, celle du beatmaker. Personnage dans l’ombre, il joue pourtant depuis les premiers temps de l’histoire de la musique « rap », un rôle déterminant. Tout a commencé de l’autre côté de l’océan, dans les zones urbaines de Big Apple où quelques jeunes décident au cours d’une soirée dansante de s’emparer du microphone pour improviser des vers sur de la musique « funk ». C’est la naissance du rap. Pour le moment, ils « balancent » leurs mots sur des extraits de disques préexistants à leur pratique. Les discs jockeys bricolent et mixent des breakbeats, des passages très rythmés à partir de morceaux connus de James Brown, de Fela Kuti, etc. Les rappeurs ne tarderont pas à souhaiter posséder leurs propres versions instrumentales. Les beatmakers s’en chargeront.

Les « sculpteurs » de bandes musicales Hip-Hop, plus couramment appelés beatmakers, se sont très tôt intéressés au monde des musiques « savantes ». Pour le plus grand bonheur des rappeurs, l’activité de sampling c'est-à-dire d’« échantillonage », consistant à extraire un ou plusieurs sons d’une musique pour élaborer une nouvelle composition, s’est souvent matérialisée dans le cadre de ce mouvement, par la reprise de pièces « savantes », écrites, découpées puis rejouées en boucle. Le « beat » (batterie) et la « basse » de facture électronique constituent les ingrédients essentiels à l’élaboration d’une « face B », à la version instrumentale du futur morceau achevé. L’« habillage » (mélodies, nappes harmoniques) lui donne sa « couleur ». Un beat, une basse, un sample représentent trois aspects d’une instrumentale rap. La musique dite savante constitue un immense réservoir d’ambiances et de mélodies dans lequel les beatmakers n’ont  pas hésité à puiser.   

En dehors de la question esthétique du goût, deux raisons majeures semblent piloter le choix de ces artistes-artisans bientôt récupérés par l’industrie du disque. Parmi les concepteurs de bandes instrumentales, très peu détiennent une formation de musicien, de chanteur confirmé. Peu suivent ou ont suivi des cours en conservatoire, en école de musique. Originaires des quartiers pauvres des mégalopoles américaines, ils ne peuvent pas avoir accès aux droits (copyrights) sur des morceaux contemporains. Trop coûteux. L’usage du sampling comme technique de création et l’emprunt d’éléments relatifs aux musiques tombées dans le domaine public se révèlent idéals pour poursuivre un travail entamé par les Dj’s de la ville de New York, à l’instar de Kool Herc, à la toute fin des années 1970. Etant donné son impact et, pour comprendre les rapports qu’entretient le rap avec les musiques « savantes », il apparait crucial de prendre en considération le contexte socio-économique d’où sont issus les pionniers de ce genre.

Quelque vingt an plus tard, politique commercial oblige,  les ritournelles devenues « cultes », les thèmes accrocheurs provenant du monde des musiques baroques, classiques, romantiques, entendus à la radio, diffusés sur les postes de télévision, réinvestis par les comédies musicales, sont exploités pour atteindre et élargir la masse des consommateurs de rap. Les maisons de disques décident de faire appel à des orchestres de professionnels pour rejouer en studio des airs que l’auditeur « lambda » (notamment le non-mélomane) saura aisément reconnaître. La Pavane en fa # mineur de Gabriel Fauré contribue ainsi à la célébrité du rappeur Xzibit qui se distingue en 1996 avec son titre : Paparazzi. Dans la veine de ce projet, la compilation The Rapsody Overture se veut être une rencontre entre des rappeurs autrement dit des « maîtres de cérémonies » (« Mc’s »), américains et des compositeurs européens de la tradition tels Bach ou Puccini. Nous sommes en 1998. C’est l’époque du « métissons à tout prix » et la qualité n’est malheureusement pas au rendez-vous. Le rappeur West Coast Warren G reprend sur ce disque de « fusion » Le Prince Igor d’Alexandre Borodine. Les refrains sont assurés par la soprano norvégienne Sissel Kyrkjebo encouragée par Mercury Records qui souhaitent mêler des répertoires perçus comme « séparés », « distants », « aux antipodes » les uns des autres.

Il faudra attendre les années 2000, voire 2010, pour que rap et musiques « savantes » trouvent enfin leur équilibre dans le dialogue. Par-delà les clichés, les simplifications, les réductions, l’arrangeur et chef d’orchestre Miguel Atwood-Ferguson, en collaboration avec Carlos Nino, a su organiser la rencontre. En rendant hommage à l’œuvre du regretté beatmaker et rappeur James Dewitt Yancey dit Jay Dee ou Jay Dilla (1974-2006), il élabore Suite for Ma Dukes où sont présents les éléments les plus intéressants du rap, de l’electronica, du jazz californien des années 1950, de la musique « savante » influencée par Ravel et Debussy. Il fabrique une musique hybride et sensuelle qui n’est pas cette fois le résultat d’une tentative forcée, « tirée par les cheveux ». Avec ce projet, il ne cherche pas à revaloriser l’image du rap souvent sous-estimée par les protagonistes des musiques « savantes ». Il ne souhaite pas non plus rendre les musiques du répertoire (sacralisées à tort) plus « sympas », plus « cools ». Le baggy pant (le jean large) n’est pas de rigueur, la queue de pie non plus... Suite For Ma Dukes est le résultat d’une démarche pertinente, fédérant des artistes au service de l’expression, qui fait voler aux éclats les catégories. Il n’y a qu’à observer le chef d’orchestre pour s’en convaincre. A la battue, aux gestes donnés par les mains et les bras pour guider les musiciens de l’orchestre, s’ajoute toute une série de mouvements swing (balancements du tronc, de la tête, gimmicks) qui rappellent les actions des rappeurs quand ils cherchent à naviguer sur le tempo (cf. vidéos Untitled / Fantastic et Take a notice par Atwood-Ferguson).

Par Julien Grassen-Barbe



La musique et la rationalisation du temps au XIIIème siècle



Comme chacun sait, la musique est dépendante du facteur temps : toute partition impose des indications précises et calibrées par son compositeur (tempo, rythme, mode, etc) à son interprète. De fait, la musique est un art du temps. D’où provient cette notion de temps et sa retranscription sur le papier ?

Avant le XIIIème siècle, seules les hauteurs (le fait qu’un son soit plus ou moins aigu) étaient fixées sur la partition.
Quelques rares marquages étaient indiqués : un temps de pause approximatif ou une respiration.
Ces indications, très peu généralisées, suivaient la logique du texte liturgique chanté. De cette écriture musicale sont issus les premiers éléments de ponctuation : par exemple, la virgule qui annonçait la notion d’une pause courte et le point qui annonçait la notion d’une pause longue.

La conception du temps dans la musique dite occidentale est héritière de changements issus du XIIIème siècle. Cette période constitue un jalon dans l’histoire des représentations du temps.
En effet, l’histoire fonctionne par croisement d’idées : la musique a participé activement à cette aventure. Dans cette conception, l’historien Jacques Le Goff écrit que « la musique subit alors l’effet convergent de mutations intellectuelles et mentales qui s’ordonnent autour de trois notions : la raison, le nombre et le temps, dont la combinaison produit une véritable révolution conceptuelle ».


C’est à cette époque que la musique passe d’un procédé non mesurée à un procédé mesurée. « Non mesuré » signifie que lorsqu’on indique une note mais qu’on ne lui attribue aucune notion de durée, et « mesuré » signifie son contraire : on note sa durée. Ce passage d’une musique non mesurée à une musique mesurée est en lien avec la séparation du profane et du sacré : le sacré étant le temps de Dieu qui lui ne souffre d’aucune mesure. Le désir de mesurer (ou déterminer la mesure) ouvre la voie à la science, à la rationalisation et au temps.

Au XIIIème siècle, le concept de mesure musicale est introduit au sein de l’église. Jean de Garlande définit la mesure comme : « la connaissance des sons selon la longueur et la brièveté du temps ». Le temps musical qui était jusqu’à là considéré comme continu à l’instar du temps divin, devient divisible en unités, en notes brèves et en notes longues. La manière de noter le rythme est ce que l’on appelle la théorie des modes : le compositeur indique le mode rythmique qu’il utilise. Le mode est une cellule rythmique (par exemple le premier mode : longue-brève-longue-brève) qui se répétera du début à la fin du morceau. Le mode choisi constitue une unité temporelle qui peut être divisée, combinée ou augmentée, afin d’élargir le spectre des possibles. Ce nouveau mode de mesure répond au besoin de systématisation des compositeurs parisiens qui sont le centre de l’activité musicale à cette époque. Leurs œuvres devenant de plus en plus complexes à cause du nombre croissant de chanteurs, une notation du temps devient nécessaire. En effet, ces compositeurs composaient des « motets », type d’écriture musicale superposant plusieurs voix, et ces différentes voix étaient ordonnées pour produire un effet d’homogénéité et de continuité. Mais pour cela, il fallait que les chanteurs puissent se repérer dans le temps les uns par rapport aux autres, et ainsi être « en place » : comment tombe une note par rapport à une autre ? Est-elle en même temps, après …?

En parallèle, la mesure du temps et ses techniques convergent avec les besoins d’une société marchande en croissance. En effet, le commerce et l’emploi salarié créent un besoin de mesure. De cette nécessité est apparu l’horloge mécanique qui devient le représentant du passage d’une imitation analogique de la nature (le temps coule comme l’eau pour l’horloge hydraulique) à un modèle abstrait. La force motrice de l’horloge est donnée par un poids, retenu par un mécanisme d’échappement en saccades régulières, correspondant à autant d’unités que de saccades. « A partir de la continuité du temps, on établit une quantité mesurable » écrit Sylvain Piron.




Le temps est désormais pensé, et vécu, à la fois comme continu et mesurable par division. C’est donc à cette époque que prend naissance la représentation que chacun de nous se fait du temps. Un temps permettant la prise de rendez-vous précise entre des individus, mais aussi vécu comme une succession de moments continus.

vendredi 7 septembre 2012

Connaissez-vous l’ Holophonie ?


Crée en 1980 par l'Argentin Hugo Zuccarelli, l'holophonie utilise des enregistrements réalisés grâce à des microphones placés dans les oreilles (reproduits à l'identique) d'un mannequin.  Cette technique permet un rendu très réaliste car le déphasage dû à la distance oreilles/microphones et à la vitesse du son lors de l'enregistrement restitue quasi intégralement la spatialisation telle que notre cerveau la perçoit. Les caractéristiques sonores de l'holophonie ne fonctionnent qu'à travers un casque ; alors : A vos casques, prêts, partez !

Des artistes comme Michael Jackson ("Bad") et Paul McCartney l'ont utilisé, sans franc succès. De nos jour, le système Wave Field Synthesis (WFS) vient prendre la relève pour un effet encore plus déroutant !

Pour plus d'information sur le système WFS : site de l'IRCAM.

mercredi 5 septembre 2012

La reconnaissance des logos sonores des marques – Sondage réalisé par Akoustic Arts


Il est des logos ou signatures sonores qui marquent, restent en tête toute la journée et dont les premières notes permettent immédiatement d’identifier la marque à laquelle ils sont associés.

Akoustic Arts a réalisé un sondage auprès d’un panel de 150 individus, en leur posant une seule et simple question: « Spontanément, quelles sont les marques ou les entreprises pour lesquelles vous avez en mémoire un ‘logo sonore’ ? »

Les résultats ci-dessous donnés correspondent au pourcentage de réponses spontanées après la lecture de la définition.





Rien d’étonnant dans ces résultats, voici même un ensemble de résultats classés par catégories de marques, ,avec entre autre l’alimentaire, les assurances, l’automobile etc.




Qu’en est-il de vous, vos réponses spontanées correspondent-elles aux résultats de notre sondage? 

Marie Esbert

lundi 3 septembre 2012

Connaissez-vous la salle de l'écho et sa particularité acoustique ?



La salle de l’Echo de l’Abbaye de La Chaise Dieu a pour particularité le fait qu’il est possible pour deux personnes de chuchoter en étant à deux angles diamétralement opposés sans que personne dans la salle ne puisse les entendre. Pour avoir visité cette salle du XVIIe siècle, je peux vous dire que c’est très surprenant ; d’autant plus que personne ne sait réellement si c’est un hasard architectural ou bien de savants calculs permettant aux moines de confesser les lépreux (whisperring gallery, Angleterre). La dernière hypothèse est mise à mal par l’absence de lépreux à l’époque dans cette région mais cela n’enlève rien à la singularité du lieu (cf. photo). Pour admirer les qualités acoustiques de cette salle, visiter l’Abbaye de La Chaise Dieu ou encore, rencontrer un boucher qui connait vraiment bien son métier, rendez-vous à La Chaise Dieu en Haute-Loire !


M.L.R

vendredi 24 août 2012

Adele : Someone like you : L’appoggiature, la clé de son succès.

Ce n'est un secret pour personne, le chanson Someone like you d'Adele  nous donne frissons et larmes aux yeux, personne n’y échappe. Chercheurs en psychologie cognitive, neuroscientifiques et musicologues ont analysé le phénomène pour comprendre les différents facteurs provoquant cette inéluctable réaction chez l’auditeur.
     
                                     

Il y a plus de vingt ans, le psychologue John Sloboda s'est penché sur la question des composantes musicales et de leurs effets sur les émotions, en interrogeant un panel de mélomanes afin qu'ils identifient les passages émouvants d'une chanson spécifique. Parmi la vingtaine de passages retenus, dix-huit d'entre eux étaient composés d'une appogiature -ornement musical qui provoque une tension chez l'auditeur en utilisant une note qui crée une légère dissonance avec la mélodie de base. Lorsque les notes reviennent à cette mélodir de départ, la tension se dissipe, l'auditeur se relâche et se sent bien.

Le titre d'Adele est composé de façon cyclique, avec une succession d'appogiatures et dons de passages de tension/détente, ce qui provoque en nous des réactions de plus en plus vives jusqu'au relâchement par des larmes ou frissons.
D'autres facteurs peuvent expliquer notre réaction à l'écoute du titre d'Adele.
Tout d'abord, Adele module sa voix pour créer encore davantage de cycles de tension et de détente. Puis, certaines recherches ont démontré que la musique provoque des frissons le plus souvent en surprenant l'auditeur en termes de volume, de modèles de timbre et d'harmonique.




Attention, ce n’est pas parce qu’elle nous rend triste que nous ne sommes pas fous d’Adele et de ses chansons pour autant. Le neuroscientifique Robert Zatorre a démontré qu’écouter des chansons émotionnellement intenses entraine notre cerveau à libérer de la dopamine dans ses centres de plaisir. Ainsi, les frissons ressentis résultent de la dose de dopamine relâchée, même si la musique est vraiment « triste ». C’est-à-dire que plus une chanson provoque en nous des émotions, joyeuses ou même intensément dépressives, plus on éprouve le désir de la réecouter, encore et encore.


Ceci constitue une information sur l’impact musical sur l’émotion des auditeurs, mais Akoustic Arts n’a pas mené d’étude approfondie qui aurait pour vocation de donner des explications plus poussées des raisons et des incidences des composantes musicales de la chanson d’ Adele sur la perception.

Marie Esbert

mardi 31 juillet 2012

Vos tweets retranscris en musique: Twitter et The Listening Machine


Le réseau social Twitter a choisi, depuis le mois de mai, de s’associer avec The Listening Machine, un projet d’art et de musique expérimental mis en place par Daniel Jones, Peter Gregson et l’Orchestre de chambre Britten Sinfonia.

Le fonctionnement de la machine est assez simple. L’outil sélectionne automatiquement 500 comptes twitter au hasard parmi tous ses utilisateurs anglais, selon les diverses catégories auxquels ils répondent (art, business, technologie, santé, sport…). Ensuite, l’outil lit les tweets envoyés par le panel d’utilisateurs et les analyse selon différents facteurs, comme« l’humeur » du tweet – s’ils contiennent des mots à connotation positive ou négative – son appartenance à l’une des catégories citées ci-dessus, sa longueur ainsi que le rythme des tweets postés, tous les critères sont pris en compte.




Toute l’analyse forme une règle de composition musicale, ce qui permet à la Listening Machine de créer toute une piste sonore, émise en direct depuis l’analyse des tweets. La bande sonore est hébergée sur le site TheListeningMachine , et chacun peut en temps réel écouter ce que donne la composition, 24/24h et 7/7jours. 





Le résultat de tout ça, c’est de la musique pure et douce. Le programme « comprends » la structure des tweets, leurs émotions, leur rythme, et corrèle tout cela à des composantes musicales et à certains motifs. Le but de tout cela? Créer une bande originale de Twitter en live, et ce projet sera effectif de Mai à Octobre 2012.


Marie Esbert

lundi 30 juillet 2012

Marketing sonore : comment définir une marque en musique ?

Comment définir musicalement une marque, traduire son identité en musique ? La question de la cohérence entre la marque et la musique choisit pour retranscrire son identité est parfois trop laissée de coté.

Aujourd’hui, les professionnels du marketing sonore partent d’un brief client, consistant en un glossaire censé définir l’image de la marque. Le but est ensuite de décliner ce glossaire par des sons, de la musique, et cela sans aucune méthode, sous réserve dans le meilleur des cas de quelques éléments issus de recherches en marketing sonore qui portent la plupart du temps sur la vitesse et le style du son, à quelques exceptions près.

Cette approche semble hasardeuse, et cela est probablement la raison pour laquelle le marketing sonore est une pratique sous-utilisée, malgré son efficacité foudroyante. Effectivement, la musique ne “veut rien dire”, disait le compositeur Igor Strawinsky.
En effet, il n’y a à priori aucun rapport direct entre la musique et le langage. Et pourtant, ce que le consommateur attend, c’est de la cohérence autour d’une marque. Il achètera ou s’investira à partir du moment où il identifiera l’image de marque dénotée à travers tous ses supports de communication.

La musique doit dénoter ostensiblement l’image de la marque évoquée afin de créer le consensus et une cohérence. Dans sa cohérence, dans son unicité, la marque devient plus crédible. Le consommateur se met alors à croire plus qu’à traiter rationnellement des informations qui lui sont délivrées. La cohérence efface la trace de l’effort, du travail des équipes marketing, et met le consommateur en situation de croyance, de croyance en une intériorité idéalisée de la marque, porteuse de valeurs propres qui l’engagent à l’adopter plus qu’à y voir une simple fonction d’utilité.

Cette figuration est ainsi entendue comme présence pure de la marque. Une parfaite synecdoque. Ce qui est à éviter pour le marketing est que le consommateur, par une incohérence entre l’image de marque et ses figurations, pense qu’il existe “bien d’autres visages après le visage du masque” comme l’écrit le poète Laurent Jarfer. Car une marque n’existe pas. Elle n’est qu’une projection via des supports figuratifs (de communication) d’une idéalité construite et célébrée par le marketing.

Ilan Kaddouch